10 mars 2010

dis maman, où va t-on?

Il y a bien longtemps, fraîchement sortis du lycée et assoiffés de liberté Lui et moi nous nous étions installés à Nantes.  C'était le décor qui nous avait accueilli quand nous ne nous connaissions que depuis quelques mois mais que nous savions déjà que nous nous tiendrions la main assez fort pour avancer sur un bon bout de chemin au moins.
Le loyer était de 100 francs - ça me fait sourire: mes enfants nous prendrons pour de vieux croûtons datant de l'autre siècle avec nos francs!! 100 francs: 15 euros environs en 2010 - autant dire que l'appartement était minuscule et de guingois, mais je l'aimais énormément pour ce qu'il représentait: un chez nous.
Puis nous avons trouvé un rez-de chaussée sur un boulevard d'arbres à la drôle d'allure et le quartier est devenu notre "chez nous".

Pour la première fois de ma vie je me suis sentie à l'aise immédiatement quelque part. Tout mon monde rayonnait à partir de ce minuscule point sur la terre: le 128. L'appartement avait un grand jardin, nous avions alors pu accueillir un chat, Lucien gros matou noir ronronnant et claudiquant qui se fera renversé au bout d'une petite année de vie commune victime du boulevard.
Avoir un morceau de terre à retourner en pleine ville était un luxe inestimable et nous en avions largement profiter.  Les enfants des autres venaient profiter eux aussi du gazon privatif et des grillades et moi, je profitais d'eux pour assouvir mon envie de maternité.
La vie à coulé là 5 années, merveilleuses et riches années de jeunesse où j'avais parfois crû mourir d'angoisse et de peur du futur mais où la plupart du temps j'avais avancé droit devant avec une délicieuse insouciance que je ne mesurais pas encore.
C'est là, dans le salon gris sous un rayon de soleil réchauffant le fauteuil dans lequel je m'étais installée que j'avais réaliser que j'allais être maman dans 8 mois, en novembre. Ce sont ces murs, spongieux  mais colorés par nos soins, qui abritèrent cette aventure et accueillirent mes premiers pas de maman de Jules.
Au bout de 9 mois dans le ventre de cette maison, la nouvelle femme que j'étais devenue aspirait à plus d'espace et à mettre un peu de distance avec cette ville mère, pour offrir à notre fils plus de confort... enfin une chambre à lui.
Bizarrement à la campagne nous n'avions qu'une courette bétonnée et aveugle et nos murs étaient tapissés par les soins d'une autre qui refusait qu'on les personnalise. C'était jaune, un mauvais jaune, je pensais ne jamais réussir faire abstraction quand j'ai posé les trois meubles que nous avions en tout et pour tout amassé en 9 ans de vie de grande ville et de petits appartements.
J'ai mis environ deux ans à me faire à cette campagne et à vivre dans un chez moi qui ne le serait jamais. Je me suis sentie mise au rebut par les femmes d'intérieur que je croisais qui papotaient en balayant devant chez elles et en s'arrêtant bien devant chez nous. Déjà pas très sociable, j'ai préféré tirer les rideaux sur cette vie de bourg qui manquait cruellement de fantaisie.
Comme on peut être seule et à l'étroit dans 100 m2 hostiles! Là les heures m'ont semblé des journées parfois... des journées occupées à faire semblant d'être à ma place.
J'ai fini par me faire une raison et par oublier ma Nantes, à oublier sa promesse de m'attendre.
Nous avions avancé dans la vie, tout le monde semblait satisfait de cette conclusion. les voilà dans une maison propre, bien isolée (ô combien isolée je dirais...), sans âme mais confortable. Pour ne pas nous perdre complètement et poussés par l'arrivée de notre deuxième petit garçon nous avions décidé  de nous faire un nid à nous ici, à 20 minutes de notre ville pour pouvoir y faire des sauts de puces à l'envie, en visiteurs.
A chaque fois Jules vivait ces voyages urbains comme des épopées, il battait le bitume et respirait à pleins poumons la fantaisie que l'on ne peut croiser que dans les grandes villes: les vitrines lumineuses, les flonflons des manèges, les cloches du tramway, le charivari de la ville et son bouillon culturel... chaque fois il nous faisait promettre de revenir bientôt...
Le projet de maison dans les vignes avait échoué, et ce jour là après un fabuleux samedi nantais je suis tombée sur une annonce immobilière: petite maison refaite à neuf, 70m2, deux chambres possible 3, sdb, courette avec gazon, proche toutes commodités quartier ... celui où nous avions atterri en 2001 et qui reste chez nous, que nous connaissons comme notre poche et où les commerçants nous font coucou quand nous y retournons ... près du tramway que jules aime.
Si nous pouvions nous l'offrir, passerions nous le pas? aurions nous l'impression de revenir en arrière? les enfants y seraient-ils gagnants?
Pour cet après midi j'avais décidé de ne plus me poser de question, juste de rêver au plaisir que j'aurais à revenir chez moi avec les miens après un trop long voyage en verdure.

Posté par 30bis à 14:24 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur dis maman, où va t-on?

    C'est une jolie histoire tellement bien racontée que même si c'est une vie qui n'est pas mienne, j'en ai la chair de poule.
    C'est formidable de pouvoir vivre et dire les choses avec une telle intensité, de les résumer de façon si poétique.
    Je me dépêche d'aller lire ton second post.

    Posté par Charlotte, 11 mars 2010 à 14:26 | | Répondre
  • J'ai lu ce texte à Jérome, il nous a bien parlé...

    Posté par élisabeth, 12 mars 2010 à 19:48 | | Répondre
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