30 bis

24 mars 2010

orage, ô! rage!

(pudeur, ou peur. j'efface)

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17 mars 2010

la moitié d'une vie

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19 sept. 1999

En rangeant les photos je suis retombée sur les vieilles photos d'avant, celles où il avait 20 piges à peine et l'air d'un gamin. Le petit bout de lui en dedans s'est agité et j'ai été prise d'un vertige en m'apercevant du chemin commun parcouru. 12 ans de balade quand on a 30 ans c'est toute une vie! Je me suis souvenue des coups de fils sur son tam tam (huhuhuhu en voilà une relique!) des lettres que j'attendais tous les deux jours, des interminables semaines séparés et de mon cœur galopant le vendredi soir pendant les trois heures de philosophie qui semblaient éternelles avant de retrouver son odeur. Et puis l'impression que tout cet amour allait finir par m'emporter...Et aussi la certitude quasi immédiate qu'il m'aimerait jusqu'au bout que je pouvais donner ma confiance et qu'il saurait porter avec moi mes secrets, mes cailloux blancs, mes paquets lourds. Moi je voyais clair en lui, je voyais l'homme qu'il pouvait devenir loin, très loin de ce qu'on lui prédisait...
Il en a fallu du temps pour que l'on se détache du reste du monde et que l'on réussisse à fabriquer nos propres modèles. Au bout de 12 ans je me sens prête à lâcher une autre main pour empoigner mes gars , en cramponnant mon homme de l'autre. Je suis la mère, je suis la femme, je suis sa femme, je suis. Tout court.

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16 mars 2010

comme on fait son nid...

Un peu plus haut dans le village il y avait un vieux pressoir  en ruine que R. restaurait avant de le vendre pour une réhabilitation en maison... de ses mains il avait surélevé les toits avec des murs en pierres et refait les bords de fenêtres en briques, c'était ces détails là qui m'avaient sauté aux yeux quand il avait voulu nous la montrer en août dernier. J'avais marché sur la pelouse et je m'étais engouffrée dans son antre fouillis et charmant à la fois. Immédiatement je l'avais vue terminée cette maison et je m'y étais sentie bien.
Puis Marius s'est annoncé, et les devis nous semblaient d'autant plus gonflés qu'il faudrait assumer un grossesse et un enfant en plus bientôt... alors nous avions renoncé.
R. lui, avait continué son travail et la semaine dernière nous avait reparlé du pressoir qui avait bien avancé... Nous nous étions dit que finalement il suffirait de réduire la surface de restauration et de mener le projet en deux temps pour peut être boucler le budget... Nous y sommes retournés, avec mon gros ventre et un Jules très emballé!
Le garage écroulé avait lui aussi de nouveaux murs pimpants et une toiture toute neuve, la maison n'en était que plus belle... le jardin était caressé par un soleil d'hiver jaune et au bout du jardin trois moutons nous appelaient... Jules a traversé le chantier sur les planches comme un funambule, nous répétant "tu vois tout ce qu'on va vivre dans cette maison..." Je me suis demandé où il était allé pêché cette phrase...
Peu avant dans l'après midi la colère nous avait envahie C. et moi alors que nous parlions de ce projet, de son réalisme... Nous sommes allés saluer de plus près les moutons puis je suis retournée dans les murs pour finir de m'en imprégner et jauger cette vieille dame à remettre debout. est-ce qu'elle nous attendait? est-ce qu'elle nous apporterait de beaux moments? de doux moments au coin du poêle comme nous en rêvions depuis si longtemps? allait t-elle nous maltraiter et nous laisser fourbus et sans un sous ou bien deviendrait-elle l'enveloppe chaleureuse qu'une maison doit être, une peau protectrice, juste à notre taille où l'on se replie ? 
J'ai regardé mes jules au loin avec les moutons, j'ai vu un cheval courir un peu plus loin, j'ai entendu la petite fille d'à côté que je connais bien jouer dans sa cabane perchée, j'ai imaginé la place de la roulotte; là sous l'arbre. Quand nous sommes retournés à la voiture je ne l'ai pas regardé tout de suite, peut être un peu penaude d'avoir cette peur au ventre qui ne me quitte pas... J'ai juste dit "je l'aime toujours autant. on y serait bien." En rentrant il avait l'œil pétillant , il m'a serrée dans ses bras et jules a dessiné le plan de sa maison rêvée, avec deux baignoires.

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11 mars 2010

C'était il y a quatre ans, il faisait beau et presque chaud pour la première fois de l'année. J'avais appris que j'attendais Jules. C'était un 11 mars. Depuis j'aime les 11 mars, c'est le début du printemps pour nous, celui qui a fait naître le plus merveilleux des bourgeons.

J'aime ce moment juste avant les premiers beaux jours, quand la glace s'invite aux vitres des voitures le matin et le soleil fait perler le givre dans la matinée. J'aime respirer à pleins poumons l'air froid du matin, sentir la chaleur de la maison en rentrant de promenade. J'aime les joues rosies de la petite qui me fait penser à une poupée russe rousse.

Et cette année plus encore j'aime être moi même porteuse du printemps, mon ventre rebondi comme un bulbe et sentir la jeune pousse frétiller d'impatience. Être mère plus fort que jamais, être un terreau fertile, une creusée accueillante. 

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10 mars 2010

dis maman, où va t-on?

Il y a bien longtemps, fraîchement sortis du lycée et assoiffés de liberté Lui et moi nous nous étions installés à Nantes.  C'était le décor qui nous avait accueilli quand nous ne nous connaissions que depuis quelques mois mais que nous savions déjà que nous nous tiendrions la main assez fort pour avancer sur un bon bout de chemin au moins.
Le loyer était de 100 francs - ça me fait sourire: mes enfants nous prendrons pour de vieux croûtons datant de l'autre siècle avec nos francs!! 100 francs: 15 euros environs en 2010 - autant dire que l'appartement était minuscule et de guingois, mais je l'aimais énormément pour ce qu'il représentait: un chez nous.
Puis nous avons trouvé un rez-de chaussée sur un boulevard d'arbres à la drôle d'allure et le quartier est devenu notre "chez nous".

Pour la première fois de ma vie je me suis sentie à l'aise immédiatement quelque part. Tout mon monde rayonnait à partir de ce minuscule point sur la terre: le 128. L'appartement avait un grand jardin, nous avions alors pu accueillir un chat, Lucien gros matou noir ronronnant et claudiquant qui se fera renversé au bout d'une petite année de vie commune victime du boulevard.
Avoir un morceau de terre à retourner en pleine ville était un luxe inestimable et nous en avions largement profiter.  Les enfants des autres venaient profiter eux aussi du gazon privatif et des grillades et moi, je profitais d'eux pour assouvir mon envie de maternité.
La vie à coulé là 5 années, merveilleuses et riches années de jeunesse où j'avais parfois crû mourir d'angoisse et de peur du futur mais où la plupart du temps j'avais avancé droit devant avec une délicieuse insouciance que je ne mesurais pas encore.
C'est là, dans le salon gris sous un rayon de soleil réchauffant le fauteuil dans lequel je m'étais installée que j'avais réaliser que j'allais être maman dans 8 mois, en novembre. Ce sont ces murs, spongieux  mais colorés par nos soins, qui abritèrent cette aventure et accueillirent mes premiers pas de maman de Jules.
Au bout de 9 mois dans le ventre de cette maison, la nouvelle femme que j'étais devenue aspirait à plus d'espace et à mettre un peu de distance avec cette ville mère, pour offrir à notre fils plus de confort... enfin une chambre à lui.
Bizarrement à la campagne nous n'avions qu'une courette bétonnée et aveugle et nos murs étaient tapissés par les soins d'une autre qui refusait qu'on les personnalise. C'était jaune, un mauvais jaune, je pensais ne jamais réussir faire abstraction quand j'ai posé les trois meubles que nous avions en tout et pour tout amassé en 9 ans de vie de grande ville et de petits appartements.
J'ai mis environ deux ans à me faire à cette campagne et à vivre dans un chez moi qui ne le serait jamais. Je me suis sentie mise au rebut par les femmes d'intérieur que je croisais qui papotaient en balayant devant chez elles et en s'arrêtant bien devant chez nous. Déjà pas très sociable, j'ai préféré tirer les rideaux sur cette vie de bourg qui manquait cruellement de fantaisie.
Comme on peut être seule et à l'étroit dans 100 m2 hostiles! Là les heures m'ont semblé des journées parfois... des journées occupées à faire semblant d'être à ma place.
J'ai fini par me faire une raison et par oublier ma Nantes, à oublier sa promesse de m'attendre.
Nous avions avancé dans la vie, tout le monde semblait satisfait de cette conclusion. les voilà dans une maison propre, bien isolée (ô combien isolée je dirais...), sans âme mais confortable. Pour ne pas nous perdre complètement et poussés par l'arrivée de notre deuxième petit garçon nous avions décidé  de nous faire un nid à nous ici, à 20 minutes de notre ville pour pouvoir y faire des sauts de puces à l'envie, en visiteurs.
A chaque fois Jules vivait ces voyages urbains comme des épopées, il battait le bitume et respirait à pleins poumons la fantaisie que l'on ne peut croiser que dans les grandes villes: les vitrines lumineuses, les flonflons des manèges, les cloches du tramway, le charivari de la ville et son bouillon culturel... chaque fois il nous faisait promettre de revenir bientôt...
Le projet de maison dans les vignes avait échoué, et ce jour là après un fabuleux samedi nantais je suis tombée sur une annonce immobilière: petite maison refaite à neuf, 70m2, deux chambres possible 3, sdb, courette avec gazon, proche toutes commodités quartier ... celui où nous avions atterri en 2001 et qui reste chez nous, que nous connaissons comme notre poche et où les commerçants nous font coucou quand nous y retournons ... près du tramway que jules aime.
Si nous pouvions nous l'offrir, passerions nous le pas? aurions nous l'impression de revenir en arrière? les enfants y seraient-ils gagnants?
Pour cet après midi j'avais décidé de ne plus me poser de question, juste de rêver au plaisir que j'aurais à revenir chez moi avec les miens après un trop long voyage en verdure.

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08 mars 2010

Faire.

Et si ces trente ans étaient la ligne imaginaire que je m'étais fixée pour oser affirmer  qui je suis? Alors cela expliquerait pourquoi le décompte s'emballe à trois mois de l'échéance! Je n'ai jamais su ce que j'avais envie de faire, j'avais envie de pouvoir tout faire et je me cognais à chaque fois aux murs qui forment ce grand labyrinthe de l'orientation professionnel...
J'avais vite remarqué qu'on ne demandait pas au gens "qui êtes vous?" mais plutôt "que faites vous dans la vie?" et la réponse me semblait vraiment déterminante! Puis il a fallu travailler pour gagner sa vie. Comme j'aimais accompagner la parentalité et que j'avais besoin de rester près de Jules lorsqu'il est né j'avais passé l'agrément d'assistante maternelle.
"- Et tu fais quoi dans la vie?
- Je m'occupe d'enfants" je répondais, en prenant bien soin de ne pas nommer mon activité.  Pourquoi était-ce si difficile de dire "je SUIS assistante maternelle?" alors que je connaissais toute la difficulté de ce métier et les grandes qualités qu'il suppose. Assez vite il fallu se rendre à l'évidence: je ne suis pas assistante maternelle, je FAIS assistante maternelle pour gagner ma croûte et ça ne suffit pas pour me reconnaitre dans le miroir chaque matin.
Comme pour tout, je savais bien mieux ce que je ne voulais pas que ce que je voulais... je ne voulais pas des horaires figés, je ne voulais pas travailler dans un bureau avec dix collègues, je ne voulais plus non plus d'un gagne pain qui ne me ressemble pas. Pour autant cela laissait une marge énorme de manœuvre! mais devant la ligne imaginaire de mes trente ans il faudrait se résoudre à choisir!
J'avais l'idée de rester dans le monde de la petite enfance mais au plus près des parents et des accueillants, pour une mission d'information dans laquelle je me sentais très à l'aise. Cela supposait d'être patient, de reprendre peut être des études... cela avait le goût sucré d'une promesse d'avenir stable et modéré... un peu tiède mais confortable.
et depuis des années j'avais envie d'entreprendre sans m'en sentir vraiment capable.... et je ne réussissais pas à trancher... je pouvais lancer une marque, ou bien un commerce en dur. J'avais très envie d'un café concert pour les enfants, un endroit ludique et gourmand où les parents pourraient emmener leurs enfants pour un goûter ou une lecture de conte, ou un atelier ou un concert.... ainsi je pourrait faire coïncider la vie culturelle et la jeune enfance.... mais j'avais très peur du côté chronophage de la chose, certes passionnante mais oh combien prenante!
enfin il m'était apparu clairement en m'installant à la campagne, qu'il manquait cruellement de commerce de proximité dédié aux jeunes parents et aux jeunes enfants, où l'on distillerait un peu de produits branchés au milieu de la rigueur classique que la région réclamait... c'était un projet porteur, qui me permettrait de consacrer du temps à mes enfants tout en allant voir ailleurs... Pour le moment les trois projets dansaient devant moi et je ne savais pas bien derrière lequel courir!
Depuis quand on me demandais "tu fais quoi?" je répondais que j'attendais mon deuxième petit garçon et que je réfléchissais à la suite... ça restait vague mais ça avait le mérite d'être exacte.

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07 mars 2010

couper court

Avant hier j'ai coupé court mes cheveux. Depuis des années j'étais au carré, le carré était devenu moi, j'étais la petite nana au carré avec des lunettes. Et puis ça m'a pris soudainement, alors que je m'enfonçais dans la déprime de fin d'hiver j'ai décidé de le faire. Je couvais cette envie depuis quelques mois déjà. En voyant les longues mèches tomber sur le sol j'avais l'impression de m'alléger en vrai. J'ai insisté auprès de la coiffeuse: "si si court-court." J'ai balbutié au milieu de la coupe que j'allais ressembler à ma mère. Un instant ça m'a gênée puis j'ai repensé à la photo dans la casbah où elle et sa coupe courte étaient si belles, elle avait trente ans environ... et pendant que j'y pensais la coiffeuse continuait son ouvrage en silence. Je m'étais excusée d'avance " quand j'enlève mes lunettes je n'entends plus rien."  et ce n'était pas une formule!
Ces lunettes que je porte depuis plus de 20 ans et qui sont elles aussi devenues mon emblème... les prochaines victimes de mes trente ans et de mon envie de faire ce que l'on n'attend plus de moi.
Il faudra prendre rendez-vous chez l'ophtalmo bientôt et dire que je voudrais des lentilles. Pour le moment je porte un paire de binocles rafistolées et pas franchement "jojo" qui en plus ne sont plus à ma vue. Ça me sert d'excuse quand je suis à côté de la plaque...
Quand je suis rentrée à la maison j'avais la frousse qu'ils ne m'aiment pas comme ça... sur le chemin j'avais fait un arrêt devant une vitre pour décoiffer ce que la coiffeuse avait consciencieusement laqué: dégonfler un peu de là et ébouriffer un peu d'ici... je m'étais aperçu qu'elle n'avait pas du tout fait ce que je lui avais demandé. Un instant j'ai trouvé ça parfaitement horrible et en avançant vers ma porte je me suis dit qu'ils allaient détester.
J'ai ouvert en souriant, pour contrecarrer mes pétoches, et j'ai vu le sourire de mon fils, un sourire mêlé de surprise... "t'es belle maman!". j'étais soulagée mais avec lui c'était facile... Mon amoureux m'a dit que c'était joli, que ce serait vraiment très joli quand ça aurait repoussé un peu... ça m'a agacée, j'aurais aimé qu'il mente mieux et puis je me suis dit que finalement il avait été franc. Il trouvait ça joli d'avoir coupé mes cheveux, il aimait que j'aie la nuque dégagée mais ce serait encore plus joli quand ça aurait repousser... je pensais la même chose et en me recoiffant pour la quatrième fois je me suis dit que j'étais contente de leur réaction et que c'était un bon début. J'étais rassurée qu'ils me suivent dans ce nouveau chemin que je me dessinais.
J'ai ressorti ma trousse à maquillage qui n'avait pas vu le jour depuis belle lurette et je me suis transformée en fille, comme pour compenser les cheveux courts. Fond de teint, brillant à lèvres et rimmel  noir ... cette semaine j'irai me racheter du rouge à ongles et du parfum.

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laisser un trace

Elle allait avoir trente ans. Elle avait longtemps rêvé à ce moment de sa vie. Elle était heureuse d'y arriver enfin, comme si c'était la fin d'un long échauffement un peu douloureux et qu'elle allait enfin pouvoir goûter le fruit de ses efforts.

Elle allait avoir trente ans en juin, dont quatre ans de blog. Elle allait avoir un deuxième enfant en juin. Elle sentait le besoin de laisser un trace pour eux qui se demanderaient certainement un jour qui était leur mère. Elle tenait un cahier depuis longtemps, un cahier qu'elle ne noircissait plus si souvent depuis que le clavier était entré dans sa vie.

Elle avait souvent parlé ailleurs de ce dont elle rêvait, de ce qu'elle faisait, de ceux qu'elle aimait... mais dans cet ailleurs là il n'y avait pas de place pour ses maux. Ses maux pas photogéniques, ses mots pas toujours jolis, ni bien cousu.

Elle avait voulu plaire au travers de ce qu'elle fabriquait et finalement elle s'était cachée derrière son tissu, elle avait consciencieusement évité de se raconter. Ici elle pourrait, elle ouvrirait un nouveau cahier à noircir et à gondoler, à mettre à sa façon  pour leur dire qui elle était, qui elle aspirait à devenir. Si ce soir elle empruntait le "elle" longtemps lu chez une certaine madame L. elle passerait vite au "je".

Je suis une femme de bientôt trente ans, je suis votre maman, je suis son épouse, j'aime marcher pieds nus, je suis leur fille aussi, parfois... Je suis complexe, nous le sommes tous. Je suis pleine de mots pour vous et peut être pour d'autres qui aimeraient me lire.

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